jeudi 7 février 2008
La vielle chouette d'attali es de retour après la ruine d'Air France (et sa privatisation) après le massacre de la BRED voici les élucubrations de croissance
Par Joel, jeudi 7 février 2008 à 18:16 :: General
jeudi 7 février 2008
Par Joel, jeudi 7 février 2008 à 18:16 :: General
dimanche 3 février 2008
Par Joel, dimanche 3 février 2008 à 11:20 :: General
Dans le canard enchaîné du mercredi 23 Janvier 2008 en rubrique plouf Jean Luc Porquet nous parle de louis de Casenave sous le titre "Le poilu vous salue bien"
mercredi 16 janvier 2008
Par Joel, mercredi 16 janvier 2008 à 12:00 :: General
cox nouvelle version pas encore parue bref je pense à vous tous et à la bourse dont les bourses ses degonflent comme celle des enuques. 

vendredi 28 décembre 2007
Par Joel, vendredi 28 décembre 2007 à 19:01 :: General
Donc, voici la meilleure façon de présenter les chiens léchant de la télévision française je n’ai pas trouvé mieux..Et puis la manière dont les journalistes de la TV exposent la viande, lors des attentas au Pakistan démontre comment ils se comportent.
lundi 19 novembre 2007
Par Joel, lundi 19 novembre 2007 à 11:43 :: General
Le cimetière des éléphants

Ils quittent un à un la DM, l’un part avec le marteau, l’autre part avec la faucille. Après Alain Postel, c’est le tour d’Alain Claire. Bientôt le dernier vrai communiste aura franchi la porte et rejoindra la galerie de paléontologie du muséum rue Cuvier. On les rangera sagement sur l’étagère entre le brontosaure et le tricératops. 
Nul ne sait si en partant ils ont laissé la faucille et le marteau en caution chez ma tante et vendu les lendemains qui chantent à l’euro symbolique.
On ne saura jamais s’ils ont aussi abandonné « Pif le chien » et s’il a eu des petits. Cela pourrait faire rire, mais pourtant, il y a quelques années, un jour, explorant les combles du grenier de la maison de mes grands-parents, j’ai retrouvé sous la poussière du temps, dans une vieille malle, des livres appartenant à mon grand-père. Il y avait des documents d’une autre époque, des feuillets et des manuscrits étonnants, évoquant le désir de construire un avenir où les hommes s’affranchiraient une bonne fois pour toutes de vivre sous la subordination et où ils s’approprieraient les moyens de production. Il y avait dedans des mots singuliers qui semblaient étranges et si loin, oubliés du langage d’aujourd’hui, des mots incroyables, des mots simples comme amitié, fraternité… camarade ! Des mots entrés en obsolescence qui n’ont plus aucun sens de nos jours. 
Il y avait aussi, les livres d’école de ma mère et de ses frères. En les ouvrant et les feuilletant, je découvris des tracts datant de 1943 que l’aviation anglaise avait largués sur la ville, sans doute une nuit obscure, une de ces nuits terribles qu’elle avait vécu en ces temps de l’ombre où le nazisme avait étendu son voile ténébreux de malheur sur l’Europe. Entre mes mains, les images du passé apparaissaient lentement de manière semblable à une photo qui se révèle dans un bac en lumière rouge. Un petit morceau de bristol imprimé en cyan et magenta attira mon attention. Deux visages, surgis des limbes, semblaient me parler et juste en dessous était écrit « tous ensemble, sauvons Julius et Ethel Rosenberg » (1). C’était tout ce qui restait d’une campagne internationale du parti communiste contre la mise à mort d’un couple d’idéalistes citoyens américains, juifs d’origine qui, comme mon grand-père, avaient sans doute rêvé l’égalité des hommes. Ce petit papier cartonné avait alors plus de quarante ans, pourtant il était lourd de signification. Mon regard se porta sur la poussière qui dansait en scintillant dans les rayons du soleil de septembre qui filtraient par la lucarne. La mémoire, si puissante , évocatrice, comme catalysée par l’effet lumineux, ressortie d’un endroit où en moi étaient enfouis les derniers baisers de ce couple, menottes aux mains, êtres vivants, pensants et conscients, juste avant d’être électrocutés et l’effroi horrible que j’avais ressenti devant la sérénité de ces gens face à l’inéluctable mort. Dix-sept années se sont écoulées depuis qui coïncident à la chute de l’Union Soviétique. Tous ceux qui ont vingt-quatre ans ignorent comment était le monde alors, sauf au travers de la mémoire collective. Le 14 septembre 2007, vers 23 heures, le train s’arrête à la Courneuve : il y a des jeunes qui perturbent la voie ferrée selon le conducteur. Au bout d’une heure, je sors et longe le chemin de fer, je me retrouve devant l’entrée de la Fête de l’Humanité. Je n’y étais plus venu depuis 1974. Restaient en moi des clichés d’avant et des souvenirs de gosse, Ferrat chantant ”ma France”, des allées entières avec des drapeaux rouges flottants dans le vent, des portraits de Marx, de Jean Jaurès, le stand de l’URSS et des pays frères avant la ruine des illusions collectives ; en fait tout ce qui était alors l’autre monde. Emporté par la curiosité, je m’approche, un type me reconnaît et me fait entrer. Il y a toujours cette ambiance amusante et cette jeunesse mais… Est-elle là pour des idéaux ou simplement pour faire la fête ? Dans chaque stand on rigole, on écoute de la musique qui n’a rien de révolutionnaire. Au stand du journal l’Huma, il y a du rap et des effets lumineux « blanc » (le rouge semble banni).
J’erre dans ces allées qui seules encore portent des noms teintés de la couleur d’Antares, Lucie Aubrac, Roll Tanguy, et l’inévitable Jaurès. J’ai la sensation incroyable d’être un voyageur dans le temps. Quelques slogans contre le libéralisme ornent les frontons mais pas de quoi faire trembler de peur le XVIe, ni faire désespérer Neuilly. A part l’inévitable « commandante Che Guevara », Eugène Pottier et l’internationale semble oubliés. Je me dirige vers la porte de sortie quand les premières paroles du « chiffon rouge » sortent d’un haut parleur du stand de la RATP, je m’approche aussitôt et un attroupement se forme.
Il est vrai que j’aime cette chanson qui évoque l’espoir et qui fut écrite du temps où nous savions tout du stalinisme, elle est donc la seule à être entièrement responsable et déculpabilisée des crimes commis au nom du communisme. Ecrite par Magdane et Fugain sans arrière pensée en hommage à une gauche qui n’existe plus que dans les livres. Je me retrouve au milieu de ce groupe, l’émotion montant aux yeux, chantant ces paroles que je connais par cœur n’ayant jamais été communiste, je suis Européen, mais Français et fier de mon histoire si souvent occultée. Les notes et les mots se succèdent comme les décennies se sont succédées depuis la création de cette mélodie et je réalise où nous sommes arrivés. A cet instant précis bien des images s’entrechoquent en un tourbillon émotionnel et en vortex prise d’accélération comme si rien au monde n’existait d’autre que cette invraisemblable guerre de tous contre tous où chacun contre soi-même doit se soumettre la peur au ventre d’être exclu et broyé par la machine. Combien de couleuvres avez-vous dû avaler entre Prague, Bratislava et Budapest ? Combien de conneries avez-vous dû entendre vous les deux « Alain » ? Je n’ai aucune honte à dire que mon grand- père était communiste en 1942 et là il en fallait du courage beaucoup plus que pour se foutre de vous devant les déboires de ce qui fut le premier parti de la libération et celui à qui l’on doit le meilleur système de santé au monde. Oui les deux Alain, notre problème à nous maintenant que vous nous quittez dans ce monde actuel est de savoir qui maintenant va s’opposer avec raison à l’économie marchande. Et il faut bien l’admettre, comme le dit Mermet dans ses carnets de route, « les peuples n’ont jamais que le degré de liberté que leur audace conquiert sur la peur* ». Alors maintenant que celui de Berlin est tombé, trouvons le plus grand mur possible pour y inscrire ce proverbe dogon: FAUT-IL ATTENDRE D’ÊTRE VAINCU POUR CHANGER ?

Par Joel, lundi 19 novembre 2007 à 11:43 :: General
A mon arrivée ici, en 1995, Pierre était alors Secrétaire de la section CFDT de Roissy DM, comme on le disait avant. Les turpitudes concernant alors AFI et AFM étaient, pour lui, des âneries dans l’air du temps post privatisation, qui ne dureraient pas trop longtemps. Il s’est avéré qu’il avait raison. On peut dire que Pierre n’était pas un syndicaliste « ventouse », le type à s’accrocher à son siège de permanent pour ne pas avoir de comptes à rendre à la pointeuse. C’était même tout le contraire, et cela n’était pas pour me déplaire. Engagé politiquement, Pierre était socialiste. Pas un socialiste d’aujourd’hui, ayant remisé ses idéaux humanistes au placard, genre « Guy Mollet » concernant les colonies, ou « Josmachin » concernant la bourse. Mais un vrai, de la trempe de Blum et de Jaurès, un socialiste comme on n’en fait plus. Pierre ne mâchait pas ses mots devant la bêtise et la nullité de certains responsables de la direction et parfois même de son propre syndicat. Pierre avait lu Marx dans le texte, ce que pas mal devraient faire aujourd’hui. Pierre est venu à son travail tant que cette maudite maladie qui le dévorait lui permettait d’y venir. Allez Pierrot ! Le hasard du calendrier a fait que, pour tes adieux, je sois de l’autre côté de l’Atlantique, et je n’étais pas avec les copains pour te rendre un dernier hommage et je sais que tu ne m’en voudras pas. La photo avec ton nez de clown sur ton cercueil a fait grincer bien des dents, quel pied de nez à tous ces initiés Pierre, comme tes textes que l’on a lu et que tu avais écrit juste avant ta mort. Adressés à tous et à ceux qui nous ont vendu comme du bétail. Mais avant que le livre ne se referme, je voudrais te remercier à ma manière pour toutes ces années passées à tes côtés, car tu sais, Pierre, moi, je n’ai pas oublié le « Café Oze » de la rue Saint Denis, où parfois on refaisait le monde en écoutant Tracy Chapman nous parler de sa révolution, ni le « London Tavern », où souvent on était sur un coin de table à rédiger les tracts pour le lendemain. Oui, je n’ai pas oublié ces marches interminables aux côtés d’Hervé Alexandre en décembre 1995, et le nombre de fois où l’on a battu le pavé de Paris comme les anciens pour un peu de justice sociale, alors que nous assistions au triomphe des inégalités. Je me souviens de ton départ de notre syndicat, lors du congrès de Toulouse, et de la manière où tu as expédié les choses pour rejoindre SUD. Oui, car tu le sais, moi, je suis resté, n’étant pas favorable à la balkanisation syndicale… bof, je sais que, lors de ma chute dans le grand attracteur, tu seras de l’autre côté pour m’engueuler encore pendant cent mille ans. Pierrot, je voulais, enfin, nous voulons, car Charles Genin se lie à ma plume, te laisser un petit message sympathique et, pour une fois, optimiste. En 1989, répondant à l’invitation de Christian Lardier à Londres, j’avais rendu visite à Karl Marx, tu sais celui qui avait écrit « Das Kapital », au petit cimetière de Highgate. En ce temps-là, la tombe était gardée par trois policemen, afin d’empêcher d’éventuels cinglés de dégrader le monument funéraire. Pierre, il y a toujours d’inscrit sur cette tombe les mots suivants « Workers of all land unite ».
Et en cet automne 2007, dans ce romantique coin de Londres, les feuilles se colorent de leurs plus belles parures : de jaune, d’ocre, de violet et des mille teintes de vert que précèdent l’hiver sous nos latitudes. Les petits écureuils gris courent sur les pelouses et mendient leur pitance aux passants, émerveillés par le charme du paysage. Parfois, une feuille d’un jaune ayant l’éclat du soleil vient descendre, virevoltant, et pose sur le marbre noir du front du penseur sa note décorative. On me l’a dit, tu sais Pierre ? Sans doute, un des plus doux et des plus beaux regards portant silhouette presque divine et sur laquelle règne à mon sens un esprit aussi brillant que son image, me l’a dit, il y a peu. Eh bien, tu ne vas pas me croire... Quelque chose est en train de changer, comme si le balancier de l’histoire avait atteint son point le plus haut pour revenir dans l’autre sens après tant d’années d’égoïsme et de domination idéologique de la pensée unique. Il y a, à Hightgate maintenant, des bouquets de fleurs et des lettres du monde entier, avec des poèmes sur la tombe du vieux. Et la personne qui m’a dit cela est digne de foi. Je peux te l’affirmer, Pierre, tu peux partir tranquille, il me semble que certains ne sont pas au bout de leurs surprises. Adieu Pierrot.

Charles Genin Joël Fraud
Petit encart écris par Pierre lui même quelque jours avant son déces l'aricle est parut dans notre Journal Coccinelle N°140 DE NOV DEC 2007 Pierre Lautour est décédé le 24 septembre 2007. Il a laissé plusieurs messages. écrits, dont celui-ci destiné à ses collègues.
« Je suis né au début des Trente glorieuses, société du plein emploi et du commencement de la consommation de masse. j'ai vu les changements intervenus en une vingtaine d'années, tant en ville qu'à la campagne. Je ne suis pas fier de vous laisser un monde toujours plus injuste, égoïste et bien dégueulasse. Où l'on fait croire à l'argent facile, par des jeux débiles, des loteries de toutes sortes. Que le travail coûte cher aux patrons qui eux, d'aussi loin que porte ma mémoire, n'ont cessé de pleurer misère. Ne croyez pas que bardé de diplômes vous gagnerez bien votre vie la mode est à la dévalorisation du travail. De pointures intellectuelles nous sommes passés au prêt à penser avec des petits maîtres... les BHL de la pensée unique. L'homme est passé de passager, d'usager, d'abonné à client. En réalité il n'est qu'un consommateur... quel avenir! Gardez toujours'rs l'esprit critique. .. et bon courage! »
Pierre, Villeron & Paris 2007
Par Joel, lundi 19 novembre 2007 à 11:41 :: General
Il y a le vent, il y a les saisons, il y a les années qui s’inscrivent et l’horloge qui tourne avec son mécanisme implacable et puis il y a les souvenirs que l’on emporte comme des bagages avec nous sur le chemin de la vie. Et il y a comme des bornes kilométriques avec des musiques qui nous rappellent des époques. Sur ces bornes est inscrite l’année où à la radio on entendait la mélodie qui vient vous cueillir un jour d’automne ou un matin de printemps et qui vous évoque un parfum ou un sourire avec un rouge à lèvre à la framboise et des yeux verts. Je me souviens encore de mon réveil le jour où j’ai appris qu’il n’était plus; j’avais 18 ans. Nous changions d’époque le disco envahissait les Charts et les soixante-huitards genre « Christian Blanc » ceux nés avec cuillère en argent et ronds de serviette assortis, faisaient la moue devant cette avalanche de décibels offertes par les chaînes hi-fi japonaises toutes neuves que venaient d’acheter nos parents. Pourtant malgré les Bee Gees qui nous invitaient à « rester en vie », lorsque sur la piste on entendait « It’s now or never, come hold me tight » il ne restait plus une fille disponible avant la fin du premier couplet. Je n’arrive pas à y croire mais le King a l’âge de mon père.
Pourtant quand je regarde sur « you tube » des vidéos, immanquablement, celles que je préfère sont toujours à la lisière des années soixante ? Où avec son sourire merveilleux et sa banane, il me semble être au sommet de sa gloire. Philippe si tu savais comme j’ai rêvé en regardant ta vitrine et combien elle m’a évoqué de souvenirs. Il y va des chansons, comme des images, précieuses reliques que l’on garde en nous. Ultime endroit au plus profond de notre âme, où une scène de notre vie reste à jamais gravée et que l’on peut se passer en boucle indéfiniment dans le métro, n’importe où. Parfois, sur la route quand cette ligne qui fuit toujours vers l’horizon s’écarte devant la calendre, on entend une introduction musicale qui traverse notre inconscient et les yeux restant vigilants, un voyage intérieur commence et l’on revoit par le prodige de l’imagination évoquée une Chambord bleue et beige à la rentrée de septembre devant l’école lorsque les marronniers sont ocres et jaunes ou bien la DS du tonton Pierrot. Pour moi Philippe, Elvis c’est un bar à Guernesey de retour d’Angleterre sur « Roche Noire » un voilier de l’ASAF. Dans une cave en granite aménagée dans la ville de St Peter port une copie conforme d’Elvis nous avait invité à chanter après « the best » de Tina Turner « return to sender » avec une vidéo géniale et en Karaoké. Il devait bien y avoir soixante personnes en ce lieu magique. On hurlait chaque parole et l’ambiance, la bière aidant, était folle comme rarement j’en avais vu. A la fin de la vidéo il y avait en anglais marqué sur la dernière image du roi du rock « la paix est la plus belle chose qui puisse exister ». On était en 2003, il devait bien y avoir la dedans 10 nationalités à majorité anglophone et on allait vers la guerre ! Paradoxe incroyable on s’est tous embrassés, australiens, français, anglais, américains. Vers trois heures du matin, François Xavier vint me dire que l’on appareillait pour Jersey à huit heures et qu’il était temps de rentrer au bateau. Dans les ruelles on chantait toujours « return to sender » et je te jure que là Elvis était bien vivant. She wrote upon it : Return to sender, address unknown. No such number, no such zone. Voilà Philippe, je te donne ce souvenir sans passer par monsieur pointu pour des enchères et merci encore de nous avoir fait partager ta passion.
J.F.
Par Joel, lundi 19 novembre 2007 à 11:41 :: General
Le tragique événement arrivé à notre collègue récemment si près de la retraite nous rappelle que l’on meurt aussi au travail. J’ai ruminé pas mal en moi et digéré cette horrible histoire en maugréant auprès de la Direction, non celle de la hiérarchie locale car je ne souhaiterais en aucun cas qu’elle soit le bouc émissaire d’un phénomène de société allant au moins coûtant. Cependant il y a un écart, un abîme, entre la quantité phénoménale d’argent englouti dans des dispositifs de sûreté que je qualifierais de Carnaval et envoyer un pauvre bougre affronter une porte de plusieurs tonnes, récalcitrante, seul. Je ne nie pas que notre société doit se protéger contre les dingues mais justement pour la très grande majorité d’entre nous, aucun ne veut jouer à Ménigon ou Aubron ! Pour savoir si il y a des déviants les renseignements généraux sont là non ? De plus, les problèmes résultant de la politique internationale désastreuse devraient à mon sens être pris en compte par la gendarmerie et la police. Nous payons des impôts pour cela et l’entreprise aussi. Et non par des marchands de sécurité qui profitent du phénomène et se remplissent les poches sur notre dos, alimentant par des contrôles répétitifs et lassants, une grogne latente. J.F.
mercredi 24 octobre 2007
Par Joel, mercredi 24 octobre 2007 à 14:42 :: General
Published: October 21, 2007
Par Joel, mercredi 24 octobre 2007 à 14:39 :: General
Bigoterie pseudo-scientifique en France
jeudi 11 octobre 2007
Par Joel, jeudi 11 octobre 2007 à 12:21 :: General
L’affaire Lagardère pour les nuls En dix leçons :
1 - Comment le délit d’initiés s’est déroulé au grand jour 2 - Comment a fonctionné la censure durant la campagne 3 - Comment sortent les « révélations » aujourd’hui 4 - Comment Lionel Jospin a laissé Airbus à Lagardère 5 - Comment les « Lagardère Boys » se mènent la guerre 6 - Comment EADS fait de la « rentabilité pour l’actionnaire » sa « priorité » 7 - Comment le plan Power 8 était prévu depuis longtemps 8 - Comment on délocalise dans un secteur en croissance 9 - Comment Airbus se construit, et se détruit, à l’image de l’Europe 10 - Comment économistes, socialistes, syndicalistes incitent la résignation
(Ce texte reprend, et actualise, des articles parus dans Fakir en mars 2007 et Le Monde diplomatique en mai 2007.)
1 - Comment le délit d’initiés s’est déroulé au grand jour
Définition : lorsque des dirigeants d’entreprises, ou des hauts fonctionnaires, disposent d’informations pas encore rendues publiques et qu’ils en profitent pour spéculer sur le cours des actions, en vendant ou en achetant.
Comment ça s’est passé ? Le 8 mars 2006, EADS annonce un bénéfice net record de 1,68 milliards d’€. Du 8 au 24 mars 2006, plusieurs dirigeants d’EADS vendent leurs stock-options. Dont Noël Forgeard, qui s’en procure d’autres, devant notaire, pour ses enfants, un placement qu’il jugea « légitime à l’approche de la soixantaine ». Il empocha 2,5 millions d’euros pour lui, et 400 000 de plus pour chacun de ses fils. On a beaucoup médit de lui, mais ce n’était que l’arbre qui cachait la forêt. Derrière lui, apparaissent le groupe Lagardère et Daimler Chrysler. Eux revendent en avril 2006 la moitié de leurs parts, soit 7,5% chacun du capital. Eux s’en tirent avec chacun 890 millions d’euros de plus-values. Cotée 32 €, l’action atteignait alors son sommet : elle plafonne désormais à 22 €. Moins de trois mois plus tard, le 13 juin 2006, Airbus annonce à ses clients un nouveau retard dans la livraison de l’A380. Le titre perd 26% en une seule journée.
Face à ces hasards du calendrier, deux hypothèses : soit les dirigeants ont vraiment tous ensemble beaucoup de chance, et alors ils devraient miser des billets en commun au millionnaire, soit ils étaient au courant de ces retards et ils en ont profité pour spéculer sur le titre.
Noël Forgeard a déclaré, à l’époque, qu’ « il ne savait pas ». Pour Jean-Louis Gergorin, « cet accident technique majeur a constitué une surprise totale ». Arnaud Lagardère plaidera encore plus étrangement : « J’ai le choix de passer pour quelqu’un de malhonnête ou d’incompétent qui ne sait pas ce qui se passe dans ses usines. J’assume cette deuxième version. » Qu’on apprécie le paradoxe : des centaines d’ingénieurs savent que des problèmes de câblage électriques retardent l’A380, des milliers d’ouvriers le savent également, même la patronne du bistro de Blagnac le sait - et des dirigeants qui sont payés, avec des stock-options, des parachutes dorés, des jetons de présence en or massif, prétendent qu’ils « ne savaient pas ». Se disent « incompétents ».
Aujourd’hui, l’Autorité des Marchés Financiers a retrouvé des documents attestant que tout ce petit monde savait bien, dès novembre, et à nouveau en mars, que Airbus allait subir des retards. Et que l’EADS allait « traverser une zone de turbulences ». Averti, l’Etat, en la personne du ministre de l’économie Thierry Breton, a autorisé la revente des actions, et donc le délit d’initiés. Mieux, il aurait sans doute aidé au délit d’initiés : la Caisse des Dépôts et Consignations, bras financier de l’Etat, a racheté 2,25% des actions surévalués. Aucun scoop ici. Déjà au printemps, quand le Monde diplomatique titrait « Le scandale Airbus va-t-il devenir l’affaire Lagardère ? », il ne fallait pas tellement se révéler visionnaire. C’était gros comme un élép hant dans les coulisses de l’Opéra Bastille.
Il fallait faire beaucoup d’efforts, au contraire, pour ne pas voir le scandale.
2 - Comment a fonctionné la censure durant la campagne
Alors que José Bové attaquait timidement les actionnaires, sur France Inter, le 23 mars dernier, l’animateur de la tranche matinale, Nicolas Demorand, répliquait aussitôt : « Mais vous ne pensez pas que c’est plutôt le trop d’Etat qui a nui à la bonne gouvernance d’Airbus, comme on dit ? Les jeux entre la France, l’Allemagne, le ’Je vais imposer mon candidat. -Non, moi le mien. -On va se partager finalement les tâches, le pouvoir’. C’est pas ça, surtout, plus que le libéralisme, qui est à l’origine des problèmes d’Airbus ? Donc trop d’État plutôt que pas assez ? » Cette question, bien réorientée du journaliste, témoignait moins d’une conviction personnelle que d’un dogme dans l’air du temps. Durant tout le printemps, et c’est un exploit qu’il faut saluer, des centaines d’articles, de reportages télévisés, de flashes radios sont réalisés sans qu’un nom ne soit prononcé : celui de Lagardère.
A sa place, figurent au banc des accusés d’abord, les « Etats », l’ « opinion publique », les « féodalités nationales »1, la « double gouvernance franco-allemande », etc. Louis Gallois estime ainsi que « les nationalismes sont un poison pour Airbus », son co-président, Thomas Enders, « préfèrerait une entreprise sans participation de l’Etat », tandis que leur prédécesseur, Philippe Camus, tranche qu’ « il faut dépolitiser et désétatiser l’ensemble de cette affaire ». Les ministres, à leur tour, entonnent le refrain : « le gouvernement n’a pas à s’interposer dans la stratégie de l’entreprise » (Gérard Larcher, ministre du travail), « il faut que l’entreprise, et l’entreprise seule, prenne ses responsabilités et je crois que toute interférence serait contre-productive » (Thierry Breton, ministre de l’Economie), « les Etats, en l’occurence la France et l’Allemagne, ne sont pas ‘les actionnaires industriels les plus avisés’ » (Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur).
Un professeur d’économie, ancien membre de la Banque de France, et qui connaissait bien les imbroglios du groupe EADS, a adressé une tribune au Monde - dont le groupe Lagardère est actionnaire. Non seulement son texte ne fut pas publié, mais il n’a jamais obtenu de réponse, alors qu’il était un habitué des pages « Débats ». A Libération, le responsable des « Rebonds » a connu un « problème informatique ». Même L’Humanité, pourtant opposée au plan Power 8, s’est gardée d’attaquer Lagardère dans ses titres ou à sa Une. Malgré des profits cent fois inférieurs, Noël Forgeard et son parachute doré à 8 millions eurent droit à moins de clémence : les plumes se défoulaient sur ce symbole abhorré de « l’argent fou », une « provocation », une « prime à l’incompétence », tandis que de l’UMP au PS, et jusque dans les rangs du MEDEF, on se déclarait « frappé de stupeur ».
Le silence pour l’un, l’opprobre pour l’autre. Quel grossier analyste évoquerait ici l’ « autocensure » ? Car, n’est-ce pas, le Groupe Lagardère a beau détenir des participations dans Le Parisien, i-télé, Le Monde, L’Humanité, Paris-Match, Canal Sat, et des dizaines de quotidiens régionaux, cela ne nuit en rien à la liberté des journalistes. Ni ne vient tempérer le courage des politiques. Jean-Pierre Elkabach, directeur de Europe 1, radio du Groupe Lagardère, nous rassure d’ailleurs : « L’efficacité et l’honnêteté sont les meilleurs garants du professionnalisme et de l’indépendance. (...) Heureusement que certains grands groupes sont là pour aider la presse à se développer, à se maintenir et à survivre dans toute son indépendance alors qu’elle est en crise profonde. »2 Oui, heureusement...
3 - Comment sortent les révélations aujourd’hui
Alors que tous les éléments étaient rassemblés dès le printemps, voire dès l’année dernière, pourquoi l’affaire sort-elle aujourd’hui ? Pourquoi prend-elle une telle ampleur ?
Durant la campagne présidentielle, souvenez-vous combien on s’est tus sur les « amis » milliardaire du candidat Sarkozy. Les mentionner relevait de la démagogie et de l’insulte. On les a cachés, et ils se sont cachés, derrière les rideaux - revenant au premier plan le soir de la victoire au Fouquet’s, et les jours qui ont suivi avec le yacht de Vincent Bolloré. Qu’un scandale éclate alors, qui concerne Arnaud Lagardère, cela aurait bien sûr éclaboussé Nicolas Sarkozy : car Arnaud Lagardère, on le sait, s’est déclaré le « frère » de Nicolas Sarkozy. Comme avocat d’affaires, Nicolas Sarkozy est intervenu pour le père Jean-Luc Lagardère. Comme ministre de l’économie, c’est Nicolas Sarkozy encore qui a arrangé avec bienveillance la succession.
A l’époque, donc, les ploutocrates devaient se faire discrets, et ne pas se diviser, faire corps pour que le candidat du CAC 40 soit élu, pour que le libéralisme triomphe avec son cortège de paquet fiscal, de contrat unique à pousser, d’assurances maladie à privatiser, etc. Désormais, l’élection est passée. L’essentiel est assuré. Le Parti de la Presse des Avions et de l’Argent peut retourner à ses guerres intestines.
Alors, pourquoi aujourd’hui ? Juste un indice : la note de l’AMF - qui n’apporte pas grand-chose de neuf sur le fond et qui a pourtant engendré cette tornade - cette note fut publiée dans Le Figaro. C’est-à-dire dans le quotidien de l’avionneur Serge Dassault. On peut croire, avec une naïveté touchante, que les journalistes n’ont publié des extraits de ce document que par souci d’information, de démocratie, etc. Mais manifestement, l’élection présidentielle est passée. Le parti de la presse et de l’argent a fait corps autour de son candidat, Nicolas Sarkozy, familier des ploutocrates du pays. Aujourd’hui, les grands dirigeants peuvent reprendre leurs manœuvres. Avec pour objet ici, vraisemblablement, de déstabiliser Lagardère pour que Dassault (empêtré dans ses Rafales qui ne se vendent pas) le remplace au sein du juteux EADS.
A la faveur de ce conflit au sommet, la presse a découvert la lune. Ou plutôt une partie de la lune. Car ce délit d’initiés ne constitue, pour tout analyste un peu sérieux, qu’une miette. Une miette dans un immense festin. Le véritable scandale, c’est le pillage, par le privé, d’un fleuron industriel français. Parfaitement florissant, jusqu’à l’arrivée de Lagardère.
Mais pour comprendre cet enjeu, il faut ouvrir une page d’histoire.
4 - Comment Lionel Jospin a laissé Airbus à Lagardère
Airbus est né en 1970 d’un accord entre Etats, associant notamment « deux entreprises publiques : Aérospatiale en France et MBB outre-Rhin »3. Durant deux décennies, l’avionneur se développe lentement, investit dans des nouveaux modèles, obtient « des succès technologiques, commerciaux et financiers », et les deux PDG envisagent d’ailleurs de fusionner. Mais au milieu des années 80, le vent tourne : le chancelier Helmut Kohl privatise son fleuron aéronautique, le cède à Daimler, et « la vieille direction de MBB, analysent Thierry Gadault et Bruno Lancesseur, elle qui a tant fait pour développer la coopération franco-allemande, laisse la place à une nouvelle génération de managers plus sensibles aux cours de la Bourse qu’à la doctrine de la construction européenne ». Plus question de mariage, bien sûr. D’autant que, signe des temps, un autre partenaire, British Aerospace, est entré en Bourse. L’histoire s’est inversée, désormais c’est Aérospatiale qui est marginalisé : « Les Anglais et les Allemands ont réussi à imposer l’idée que seules l’indépendance de gestion et l’autonomie financière permettraient à Airbus de poursuivre sa course conquérante. »4 Une « idée » que les avant-gardes sociales-libérales, et leur presse, approuvent sans tarder : « Il s’agit de se débarrasser le plus vite possible de l’image d’entreprise étatique d’Aérospatiale, souvent utilisée par ses concurrents pour la dénigrer. »5
D’autant plus « vite » que Airbus est devenu rentable. Après vingt-cinq ans de tâtonnements, vingt-cinq ans d’aides gouvernementales, d’incertitudes technologiques, de traversée du désert parfois, d’alliances hétéroclites entre ingénieurs, politiques et commerciaux, entre Allemands, Britanniques et Français, vingt-cinq ans sans compter la pré-histoire, l’échec financier du Concorde par exemple, le lancement du « paquebot des airs » la Caravelle dans l’après-guerre, de quoi assurer le « leadership de la France en matière aéronautique »6, au bout de ces vingt-cinq ans d’investissements donc, la compagnie a « conquis 35% des parts du marché mondial des avions de plus de cent places7 » et son carnet de commandes déborde : « Airbus est devenu une mine d’or. »8 On avait collectivisé les dépenses, il est temps de privatiser les profits...
La moisson des bénéfices approche : c’est le moment que choisit M. Lionel Jospin, au printemps 1999, pour confier Aérospatiale au privé. Et vers qui se tourne-t-il ? Vers Matra, pourtant étranger à l’aviation civile. Tandis que Dominique Strauss-Kahn, alors ministre des finances, salue la privatisation comme « une excellente nouvelle », Le Monde estime : « Le consortium européen, créé au début des années 70 sous la tutelle bienveillante mais directive des Etats, va pouvoir se transformer en société privée, obéissant plus au marché qu’à la volonté politique »9.
Le gouvernement de la « gauche plurielle » fait alors deux cadeaux à Lagardère. D’abord, Lionel Jospin accorde des ristournes évaluées à quatre milliards de francs. Et c’est le premier ministre, surtout, qui accepte que l’Etat soit « interdit de gestion », représenté par Jean-Luc Lagardère au sein du groupe EADS. Les pleins pouvoirs sont donnés au privé. On va vite en découvrir les talents de gestionnaires...
5 - Comment les « Lagardère Boys » se mènent la guerre
Le projet industriel d’Airbus est vite délaissé par les nouveaux dirigeants.
D’abord parce que la direction est minée par une guerre des chefs, qui oppose non pas les Allemands aux Français, pas même les responsables issus du public à ceux du privé, mais les « Lagardère boys » entre eux. « Sous les flashes des photographes, raconte Jean-Louis Gergorin, les nouveaux dirigeants d’EADS sont groupés autour d’une superbe maquette de l’avion géant. (...) Derrière les sourires de circonstances, une formidable lutte pour le pouvoir a commencé »10. Cette rivalité, ancienne, entre MM. Philippe Camus et Noël Forgeard notamment, le décès de Jean-Luc Lagardère, au printemps 2003, l’exacerbe. Les deux hommes ne poursuivent plus qu’un but, devenir calife à la place du calife. Tandis que M. Forgeard délaisse Toulouse pour Paris, fait le siège des cabinets ministériels, les cadres choisissent leur clan : « C’est pendant ce premier semestre 2005 que se sont développés, dans une partie de la hiérarchie d’Airbus, un repli sur soi et une culture du non-dit »11. On devine que, dévorés par de telles ambitions, fomentant des coups tordus, avec les tracasseries politico-judiciaires de Clearstream en prime, la supervision de l’A380 apparaisse vite facultative, secondaire. Que n’aurait-on entendu sur l’incurie de l’Etat si c’est entre ministères que s’était déroulée cette bataille, et non entre cadres du privé.
Surtout, et bien plus fondamentalement, le développement industriel est négligé au profit des objectifs financiers. Au profit des profits.
6 - Comment EADS fait de la « rentabilité pour l’actionnaire » sa « priorité »
La privatisation d’Aérospatiale à peine entamée, quel défi lançait Philippe Camus, « futur directeur général » d’une société qui n’existait pas encore ? Celui de bâtir les avions de l’avenir, moins pollueurs ? Non, « de faire passer la marge d’exploitation de 4% à 8% en cinq ans12. » Par ailleurs, un « pôle de compétence financière » est créé qui va permettre « d’affirmer la priorité de la création de la valeur pour l’actionnaire » (selon les termes même de Hans Peter Ring, Chief Financial Officer d’EADS). A l’évidence, les changements de statut ont modifié les priorités.
Les promesses sont tenues : le groupe connaît « cinq années de dividendes 13. » Le résultat d’exploitation double, comme le bénéfice par action. Le cours d’EADS grimpe de 70% - une performance d’autant plus remarquable que le CAC 40 baissait de 30% dans la même période14.
Dernier indice, et non le moindre : depuis 2004 le groupe « met en oeuvre un programme de rachat d’actions », qui pourrait atteindre « 7,8 milliards d’euros jusque novembre 2007 ». Ce choix atteste la financiarisation d’EADS. Plutôt que d’investir son « cash flow » dans des chaînes de production, ou dans la recherche et le développement, l’entreprise n’entreprend plus. Elle préfère procéder à une destruction de capital, afin d’ « éviter l’effet dilutif »15. Malgré cela, comment Louis Gallois justifie-t-il la cession des sites de Méaulte, Filton (Royaume-Uni) et Nordenham (Allemagne) ? « Les investissements totaux nécessaires au passage aux matériaux composites représentent 500 à 600 millions d’euros. Nous ne pourrons pas les réaliser nous-mêmes. »16 Juste des centaines de millions ? Pour les actionnaires, on compte en milliards.
Répétons-le : ce sont des milliards d’euros qui, là, en toute légalité, sans aucun délit d’initiés, ont été détournés du projet industriel. Ou des poches des salariés. Au bénéfice des actionnaires. C’est bien ainsi, dans cette logique financière, qu’il faut comprendre le Plan Power 8. Et c’est là, sans doute, la découverte essentielle qu’apporte une lecture attentive des rapports financiers d’EADS : ces licenciements ne découlaient d’aucune nécessité...
7 - Comment le plan Power 8 était prévu depuis longtemps
Il faut en revenir, d’abord, aux justifications officielles du Plan Power 8. Tant chez les dirigeants d’EADS qu’au gouvernement, on a estimé ce plan « nécessaire », « équilibré », « équitable ». « Pour restaurer la compétitivité et compenser la dégradation financière de ces retards, déclarait Louis Gallois, Airbus lance le programme ‘Power 8’ destiné à générer des économies annuelles durables d’au moins 2 milliards d’euros à partir de 2010 »17. Clé de ce « remède traditionnel » : « une réduction de 30 % des coûts de fonctionnement... une réorganisation des seize sites... quelques 10 000 postes en moins dont 4300 en France, 3200 en Allemagne, 1500 au Royaume-Uni, 400 en Espagne. » Le ministre de l’Economie, Thierry Breton, ami personnel d’Arnaud Lagardère et familier des entretiens de complaisance sur Europe 1, a aussitôt salué tant de bon sens : « Louis Gallois a passé beaucoup de temps pour aller voir, discuter, rencontrer l’ensemble des parties prenantes de façon à construire un plan qui est équilibré et équitable18 ». Il ajoute : « Ce plan était nécessaire pour que le groupe européen puisse résister à la baisse du dollar face à l’euro ».
Sont avancés, ici, des arguments de conjoncture : les « retards », la « baisse du dollar », etc. Or, ce plan de restructuration était prévu depuis longtemps, bien avant ces déboires - que l’on a largement exagérés pour faire passer la pilule. C’est ce qu’on découvre à la lecture d’un document jamais cité et pourtant passionnant, extrêmemnet éclairant : le « Rapport annuel 2005 » du groupe EADS, intitulé « Tracer l’avenir ». Tout va pour le mieux, cette année-là : « La rentabilité d’EADS a atteint de nouveaux sommets... pour une troisième année consécutive, une augmentation de dividendes est proposée... une année record en terme de livraisons, de commandes et de rentabilité... » Mais ces « performances » ne suffisent pas. Afin de « dégager la meilleure rentabilité dans sa catégorie », de « faire progresser la performance opérationnelle d’EADS en terme de coûts », d’ « optimiser la rentabilité de notre carnet de commandes », le Groupe opte pour une « stratégie claire » : « l’internationalisation ».
Que cache ce riant vocable ? On le détaille plus loin : alors que « 95% des salariés sont localisés en Europe », et « 75% des sous-traitants », « EADS prévoit de devenir un solide acteur industriel dans certains pays clés comme les Etats-Unis, la Chine, la Russie, la Corée du Sud et l’Inde... le ’Procurement marketing and global sourcing’ est d’autant plus important qu’EADS cible de nouveaux marchés d’approvisionnement afin d’alimenter sa Stratégie Industrielle Mondiale... Le Réseau International d’Achat s’articule autour de bureaux des achats par pays (’CSO’, Country Sources Offices), dont les premiers ont été implantés en Chine, en Russie et en Inde. » S’étalant sur des pages entières, cette novlangue financière se traduit en français (très) courant par un verbe : délocaliser. La perspective est fixée, rappelons-le, lors d’une année au « résultat exceptionnel ».
En clair, depuis 2005, et indépendamment des aléas industriels, les grandes lignes du plan « Power 8 » étaient depuis longtemps tracées : délocaliser. On s’est ensuite servis de prétextes (les retards, l’Euro, etc.) pour justifier ces sacrifices. « Dans l’A350, analyse l’économiste Elie Cohen, dont l’emploi n’est pas menacé, la part de valeur développée et fabriquée en Europe tombera aux environs de 50 %. Ce qui, par parenthèse, est le niveau du "Dreamliner" de Boeing, qui n’est conçu, développé et fabriqué qu’à hauteur de 50 % aux Etats-Unis »19. Et tout ça pour quoi ? Pour sauver l’entreprise ? Ou pour que « la rentabilité, selon les mots de Hans Peter Ring, directeur financier d’EADS, ne risque pas d’être en décalage sensible par rapport aux standards de l’industrie et aux attentes légitimes »20 des actionnaires ?
8 - Comment on délocalise dans un secteur en croissance
On s’est largement habitués aux délocalisations, mais avec Power 8, un seuil de plus est franchi. D’abord parce que EADS ne se porte pas mal : l’an dernier, malgré les troubles, EADS a enregistré un bénéfice, ses actionnaires ont reçu un dividende, le chiffre d’affaires d’Airbus a augmenté de 14%.
Aussi, le marché aérien se porte extrêmement bien. Le Panorama 2006 d’EADS note d’ailleurs : « Après une année 2005 record, l’aviation commerciale a connu une nouvelle année faste en 2006. Le carnet de commandes mondial flirte désormais avec son plus haut historique, à 4988 unités. Pour répondre à cette demande, Airbus et Boeing augmentent progressivement leur production. » Sur le moyen terme, et pour le plus grand malheur de la planète, « le trafic mondial de passagers devrait être multiplié par trois d’ici 2023 »21
Et même sur ce marché en croissance, il devient « nécessaire », « urgent », « indispensable » que l’on dégraisse 10.000 opérateurs et que l’on fabrique 50% des A350 dans des « pays à bas coûts », et pourquoi pas demain 80%, ou 100% ? Or que répétait-on jusqu’alors ? Que certes on délocalise dans l’électroménager, que certes on ferme dans l’habillement, que certes les hautes technologies aussi se « repositionnent » (Alcatel-Lucent, ST Microelectronics), mais regardez Airbus ! On regarde aujourd’hui Airbus. On relit ces rapports qui nous invitent à « anticiper les mutations », à « prendre de l’avance dans les secteurs de pointe », à « privilégier les investissements immatériels », et qui citent en exemple, toujours, « l’aéronautique », les « avantages comparatifs dans l’aéronautique », « la spécialisation de l’économie française dans l’aéronautique »22, etc. Avec Airbus, avec ce « secteur d’excellence », avec cette « industrie de souveraineté », on fait sauter l’ultime verrou : l’acceptation ne connaît plus de limite.
9 - Comment Airbus se construit, et se détruit, à l’image de l’Europe
Airbus apparaît bien, alors, comme un « symbole de la construction européenne », comme son éclairant reflet. Dans les années 70, Airbus était fondé sur la « coopération franco-allemande », sur la « tutelle bienveillante mais directive des Etats », avec deux entreprises publiques qui s’allient - et c’est bien cette « volonté politique » qui construisait à la fois Airbus et l’Europe.
A la fin des années 90, d’un traité à l’autre, Bruxelles radote son credo, « concurrence libre et non faussée », et fait de l’Europe le royaume de la « libre circulation des biens et des capitaux, y compris avec les pays tiers ». Comment s’étonner que, à cette époque, Airbus est livré au privé et doit une aveugle « obéissance au marché », que les salariés sont licenciés pour accroître la rentabilité pour l’actionnaire et que les ministères n’interviennent pas - sinon pour soutenir des dirigeants qui dégraissent. Le ministère français de l’industrie signale d’ailleurs, sur son site, que « le terme même de ’politique industrielle’ était banni du débat communautaire » ! Quel abîme, entre « la volonté politique » d’hier et l’abandon d’une « politique industrielle », l’interdiction même d’en prononcer le mot ! Toute intervention publique, toute subvention, tout protectionnisme est maintenant prohibé. Ceci, alors que les fonds spéculatifs, une banque russe, entrent au capital d’EADS.
Dernier symbole de cette « corporate Europe » : EADS a implanté son siège à Amsterdam, pour échapper à la taxation sur les plus-values.
10 - Comment économistes, socialistes, syndicalistes incitent la résignation
« S’il ne fait aucun doute que des révoltes ont existé, ce qui appelle manifestement une explication, c’est surtout le fait qu’elles n’aient pas été plus fréquentes. » Cette remarque de Max Weber vaut particulièrement pour le cas d’Airbus. Car qu’on récapitule : D’un côté, les actionnaires s’octroient des dividendes gigantesques chaque année, revendent leurs actions avec plus de 800 millions de plus-values, les dirigeants augmentent leurs rémunérations, leurs stock-options s’envolent, ils s’octroient des millions d’indemnités lorsqu’ils quittent l’entreprise avec fracas - et l’on en finirait pas de chiffrer ce pillage légal, dont le « délit d’initié » ne constitue qu’un fragment. De l’autre côté, versant salariés, on gèle quasiment les salaires, on supprime la prime d’intéressement, on ramène la participation de 1500 € à 2,88, et surtout on supprime 10 000 emplois. Et pourtant, on a assisté à quelques manifs, à des grèves ici ou là, mais sans plus.
Comment l’expliquer ?
Autant pour les dirigeants Airbus ne représente qu’un immense tiroir-caisse où ils peuvent puiser librement, autant il existe un véritable patriotisme d’entreprise chez les salariés. Eux sont fiers d’avoir bâti le premier avionneur mondial. Et lorsqu’on leur dit, qu’on répète, que leur boîte ne va pas bien, ils sont prêts à consentir d’importants sacrifices pour sauver l’essentiel.
Car c’est cette interprétation, « sauver l’entreprise », qui a largement dominé - et sans contre-expertise audible, sans contre-pouvoir puissant.
D’abord, parce que côté intellectuels, loin de contester les propositions des dirigeants d’EADS, loin de proposer une lecture différente, les éditorialistes des grands médias, les économistes dominants, Elie Cohen, Jean-Marie Colombani, ont accompagné ces mesures, leur ont trouvé des justifications rationnelles. Ainsi de Jean-Claude Casanova qui s’enflamme sur France Culture : « C’est un problème de compétitivité qu’il faut comprendre, et alors là on se heurte à cette difficulté spécifiquement française, c’est que si vous êtes aux Etats-Unis ou en Angleterre, ou si vous êtes dans le monde financier et que vous dites ‘je dois restructurer parce que le marché ne correspond pas, les choix que nous avons faits, y a eu telle ou telle erreur d’investissements, donc il faut restructurer, donc il faut une réduction d’emplois’, aux Etats-Unis, les syndicats eux-mêmes applaudissent, les marchés financiers approuvent, tout le monde trouve ça normal et c’est la preuve du dynamisme de l’entreprise. (...) Donc il faut dire à l’opinion publique qu’il y a une compétition, qu’il faut accroître la compétitivité et qu’accroître la compétitivité ça passe par la restructuration, et qu’une entreprise doit savoir s’adapter au change et qu’un change fort, un euro fort, c’est au contraire une incitation à une plus grande compétitivité. »
Ensuite, la voix de l’opposition, des socialistes, apparaît tout sauf claire. Alors qu’on attendrait simplement d’une opposition de gauche qu’elle dresse ce constat : « En vingt-cinq ans, les entreprises publiques avaient hissé Airbus vers les sommets. Sans procéder au moindre plan social. Depuis sept ans, le privé a repris les rênes, supprime des emplois et se goinfrent. Nous exigeons donc un retour au public », au contraire, le discours est marqué par la confusion. Ségolène Royal a fait des déclarations inaudibles, où elle propose que les Régions investissent dans EADS, où elle parle d’ « anticipation », de créer une « agence nationale de ré-industrialisation », du pipeau. Ou encore davantage de mutisme : au printemps, Dominique Strauss-Kahn et Lionel Jospin ont publié une tribune dans Le Monde où les noms d’Arnaud et Jean-Luc Lagardère ne sont à aucun endroit cités. Et pour cause : c’est le gouvernement « gauche plurielle » de Lionel Jospin qui a confié Airbus au privé. On ne peut pas laisser entrer le loup dans la bergerie, lui donner toutes les clés, lui dire « faites comme chez vous » et ensuite regretter qu’il ait dévoré les brebis. Cette absence d’un contre-discours net a forcément pénalisé la riposte.
D’autant que, enfin, le syndicat majoritaire à Airbus, Force Ouvrière, est plutôt conciliant. Une scène, ici, qui s’est déroulée le 28 février dernier aux portes du site de Méaulte, dans la Somme. Inquiets, crispés, les employés sont rassemblés devant les grilles du site : quel sort leur réserve le groupe ? Dany Devaux, délégué FO, apporte alors la bonne nouvelle : « Méaulte ne sera ni fermé ni vendu et restera dans le giron d’Airbus. » Les bras se lèvent en signe de triomphe, une explosion de joie : « On a gagné. » Sauf que tous, l’Agence France Presse, les rédactions parisiennes, et finalement le PDG lui-même, tous annoncent l’inverse : Méaulte doit chercher un « partenaire industriel », et sera à terme cédé par Airbus. Du coup, c’est « le chaos », d’après Le Courrier picard. Les salariés sont « dans le flou ». L’usine est finalement bloquée, via un débrayage « spontané ». Comment interpréter cette confusion ? Facilement : plutôt que de lutter, Force Ouvrière s’est efforcé de faire rentrer tout le monde dans le rang et dans les ateliers.
Un ex-syndiqué raconte ainsi son embauche à l’Aérospatiale : « A peine on entrait chez Airbus, que le chef d’équipe nous convoquait dans son bureau : ’Ici, tout le monde est syndiqué, mais y a des syndicats qui sont plus recommandés que d’autres. Si en plus tu veux que ta carrière évolue... Alors le délégué, il est juste là.’ Dans la demi heure qui suivait, tu avais ta carte à Force Ouvrière. » Cette scène, avec des variantes, bien des salariés de Méaulte la racontent. Elle explique en partie l’apathie syndicale qui règne, chez EADS, depuis l’annonce de Power 8. FO, c’est le syndicat maison, presque fabriqué par la direction. En 1968 encore, c’est la CGT qui dominait. C’est elle qui mena une grève dure, longue de trois semaines, avec des salaires en hausse de 30% à la clé. L’organisation se révélait trop puissante, il fallait la laminer : c’est Maurice Papon, PDG de Sud-Aviation, qui s’en chargea d’abord. Puis chez Aérospatiale, l’habitude fut prise, et demeure : il fallait isoler les militants cégétistes, les exclure des formations qualifiantes, leur interdire toute évolution de carrière, les marginaliser dans l’entreprise. « On nous disait de ne pas parler à la CGT, précise un jeune. Il ne fallait pas manger à leur table, sinon t’étais grillé. » La tactique a payé : de syndicat majoritaire, l’organisation culmine aujourd’hui à 10 %.
Le 28 février dernier, on l’a dit, le débrayage fut « spontané » : à la place de mener le mouvement, le syndicat majoritaire tenta de l’empêcher, puis en fut à la traîne. C’est sans FO, à nouveau, mais avec la CFDT et la CGT, que la grève fut menée le 1 er mars. Le 16 mars, une manif européenne devait chahuter Louis Gallois devant son siège parisien : Force Ouvrière se dégonfla, protesta devant les bâtiments de Méaulte à la place, et les Allemands se retrouvèrent presque seuls. Les 28 et 29 mars, à l’initiative de la CFDT, des salariés défilent dans les ateliers, demandent à leurs camarades de les rejoindre : FO désapprouve. Clou du spectacle, enfin : à Nantes et Saint-Nazaire, le 24 avril, les salariés arrêtent la production... tandis que FO appelle à la « reprise du travail » !
mardi 18 septembre 2007
Par Joel, mardi 18 septembre 2007 à 15:02 :: General
Assis à regarder le bleu de « Mare nostrum », je ferme les yeux. La symphonie des cigales est à son paroxysme. Ramatuelle. Presque trente ans déjà que je n’avais pas rendu visite au Cid qui repose sous son lierre dans le cimetière communal. Chaque fois que je traverse une ville j’y retrouve sur le fronton des salles des fêtes le nom de Jean Vilar. Aujourd’hui je me demande, combien savent encore qui il était ? Ramatuelle ! Rahmatu’llah ! Ce qui en arabe signifierait ”providence divine” ou ”bénie des dieux”, l’occupation sarrasine du Xe siècle dura cent ans expliquant le nombre de noms toponymiques identiques aux étoiles en cette région. Une parente éloignée ayant fréquenté la troupe théâtrale, au début des années cinquante, elle acheta un morceau de colline dont les habitants étaient alors des sangliers, un terrain qui ne valait rien à l’époque, pour le prix de 1 centime d’avant 1959 le mètre carré. C’est ainsi que pour les vacances des années 60 nous avions la chance de passer un mois au paradis entre les palmiers, les kermès, les pins parasols et les eucalyptus des Maures. Dans le grenier des souvenirs étaient rangées l’odeur pénétrante des térébinthes et l’enivrante et puissante effluve des pins, mixées de végétation aromatique de lauriers rose et de mimosas. Ce premier juillet 2007 je me retrouvais de nouveau dans ce paradis d’apparence. Quand il le décidait mon père nous emmenait voir ce qu’il appelait « le carnaval des illusions ». Bien sagement une glace à la main parmi les badauds nous regardions les « autres » sur leurs yachts le long du quai. Les bateaux me semblaient gigantesques alors, et ils devaient l’être sans doute. Mais pas autant que ceux que je venais de voir aujourd’hui. En cet après-midi de soleil il y avait dans le golf de Saint-Tropez plus de cinquante bateaux battant pavillon britannique (donc exonéré d’impôts). Le plus petit devait faire quarante mètres de longueur. Par leur taille, aucun ne pouvait entrer dans le port. Ils étaient au mouillage. Sous mes yeux le résultat de trente années écoulées, un balai d’hélicoptères assourdissant et un murmure incessant de puissants moteurs pire que le périf en novembre à 18 h. Sur la route des automobiles Ferrari avec des plaques minéralogiques russes appartenant probablement à d’anciens apparatchiks communistes promptement convertis au capitalisme. La démesure invraisemblable d’un mécanisme implacable s’affichait là. En 30 ans la part des salaires dans la valeur ajoutée a chuté de 10%. Les revenus du capital ont été propulsés de 8 % du PIB en 1978 au chiffre incroyable de 14 % en 2002. Enfin le pouvoir d’achat des revenus monétaires a, lui, été propulsé de 202 % en moins de douze ans ! Au premier coup d’œil, je n’aurais pu que me féliciter de cette enrichissement de notre monde ; sauf que de l’autre coté du miroir le meilleur des mondes n’était pas au rendez vous. En ouvrant les statistiques très officielles de l’Insee, l’intérim a augmenté de 130%, les CDD de 60% et nous avons gagné à la loterie du pauvre, plus d’un million de Rmistes et 500 000 allocataires de Solidarité. Il ne s’agit pas de dénoncer la richesse, l’histoire a démontré qu’aucune société planifiée égalitaire ne pouvait exister durablement, mais cependant de tirer la sonnette d’alarme car « la faim est toujours suivie de ses deux satellites : la rage et le désespoir (1) » faut-il le marteler ? En France, ici et maintenant, sept millions d’actifs vivent avec moins de 700 € par mois. Une gageure quand les loyers avoisinent les 500 € pour un deux pièces minable. La situation se généralise dans la société occidentale. L’Amérique ne fait plus rêver, faut-il rappeler que deux millions de types croupissent en prison là-bas. La spéculation immobilière frénétique a conduit à la situation invraisemblable où pour se loger on propose aux gens de s’endetter sur 50 ans. Rien que cela ! Que peut-il se passer en cinquante ans ? Une guerre, une crise, un blocus continental ? Qui a un atome de bon sens réalise que cela ne durera pas. Plus grave, le mythe de la fortune récompensant le travail est un leurre à part de très rares exceptions, on est riche que par héritage, par alliance mais très rarement par le travail (2). Auguste Detoeuf disait « le capital est du travail accumulé. Seulement, comme on ne peut pas tout faire, ce sont les uns qui travaillent et les autres qui accumulent ». Dans le murmure du mistral je reste dubitatif regardant la tombe. Ô Cid ! Toi mon Cid, toi le médecin des « orgueilleux », toi qui fut un grand syndicaliste, je me demande encore ce que tu penserais maintenant devant ton Ramatuelle d’aujourd’hui et cette religion de la déraison qui s’empare de ce monde depuis la fin des années 1980. Que dirais-tu maintenant de cette dictature de l’actionnariat qui ne vaut guère mieux que celle du prolétariat ? Cid, mon Cid, sais-tu sous ton lierre, où nous conduisent tous ces journalistes félons glorifiant la puissance de l’argent et la gloire des rentiers, ridiculisant le pouvoir politique de l’Etat, poussant les citoyens à mettre au pouvoir le maire de Neuilly ? Ces gens de tous bords politiques qui vont jusqu’à dépenser des milliards pour débaptiser les Nationales qui existent depuis deux mille ans au nom de la décentralisation ? Cid, ô le Cid, sais-tu que sept ans après l’an 2000 il ne faut pas tomber malade un week-end car il n’y a plus un médecin joignable ? Je suis resté quelques heures assis à attendre une réponse qui n’est pas venue, saluant quelques fois un passant venant rendre un silencieux hommage à Gérard Philipe. En fermant la porte du cimetière, Vénus brillait à l’horizon nord ouest. La marche du monde n’avait pas cessé. Pour la première fois de ma vie un voile sombre de pessimisme obscurcissait mon esprit. Je pensais à cette société de consommation qui accumule les biens mais aussi les montagnes de déchets tandis que tant de gens sur Terre se préoccupent de savoir si demain ils auront à manger ? Toute la question réside là « combien de temps cela va-t-il durer ? » Joël Fraud Votre avis m’intéresse jofraud@aol.com
(1) Bossuet (2) A lire, le magazine Challenge d’août qui classe les fortunes de 2007. Il apparaît clairement que l’on est riche par héritage, par alliance mais très rarement par le travail.
Par Joel, mardi 18 septembre 2007 à 14:59 :: General
J’ai pris la mouche
D’où vient le nom de Belzébuth ? En fait de l’hébreu « Baal Sebud », le maître des mouches. C’est le démon des nuées. Bref un insecte agaçant horripilant et détestable. Néanmoins la mouche est un animal particulièrement fascinant. Lucilia sericata verte ou calliphora vomitoria d’un bleu métallique, la mouche est une heureuse initiative de notre CE. J’ai donc pris quelques billets car même en tant que membre de la société des amis du muséum l’entrée pour une expo de cette qualité est payante !
Joël Fraud
La mort « 1 » Franska « 0 ».
Cette fois ci pas besoin d’un chasseur pissant dans sa culotte de trouille et ayant fait exploser l’éthylomètre. Franska a eu la bonne idée de se jeter sur les pare-chocs de deux automobiles afin de ne pas se louper. Avec en prime du plomb dans le postérieur. A cinq kilomètres de Lourdes et on peut se poser la question : pour qui a été ce miracle ? Les chiens errants vont avoir du mal à continuer leurs jeux avec les moutons : leur alibi, n’est plus. J.F.
La bourse ou la vie ?
Il va falloir choisir.
La Fed inonde de liquidités les marchés financiers, afin de calmer l’ambiance, la BCE aussi sans oublier la banque du Japon. Diable mais que fait la main invisible du marché ? En fait on recule le taquet du ressort, irrémédiablement sa détente n’en sera que plus forte. En attendant Godot il y en a toujours qui croient qu’ils vont devenir Tapie ou le Baron Empain avec leurs actions. Si vous n’avez rien d’autre à faire vous pouvez toujours consulter « toi y’en a vouloir des sous » sur le site de l’ours maudit. J.F.
mardi 17 juillet 2007
Par Joel, mardi 17 juillet 2007 à 17:00 :: General
Rédigé entre les deux tours, pour le numéro de cox 138. Ce texte, comportait mon humeur du moment et il faut tenir compte ! Il faut tenir aussi compte d’un détail très important le « Général de gaulle » ne fut pas jeté aux oubliettes de l’histoire, parce qu’il fut victime de 1968 mais bien parce qu’il considérait le Sénat ruineux, inutile et franchement réactionnaire. Leçon de l’histoire, le sénat maison de retraite de vieux hiboux rabougris ayant pension pour neuf ans eut donc sa peau.
vendredi 20 avril 2007
Par Joel, vendredi 20 avril 2007 à 15:44 :: General
Après Major, Vision 2010 ?
Dans le Numéro 211 de Concorde, notre entreprise redécouvre l’eau chaude. Dans un encart en lettre blanche sur fond violet, le flambeur du lyonnais Jean Peyrelevade, l’homme pour qui chaque français, du nourrisson au centenaire, doit plus de 1200 € de dettes, l’homme au record mondial de gabegie, l’homme qui valait 170 milliards de pertes vient fanfaronner devant nos cadres.
Nous dire ce que nous savons déjà. Et vanter sans honte la religion dogmatique de la croissance, lui l’incapable, le nuisible, alors que la mondialisation est un désastre planétaire. Il y a de quoi être inquiet. Si la référence de notre entreprise est l’homme du « pouvoir de dire oui », l’homme à la boite d’allumette magique dont il ne resta du siège du lyonnais que des cendres, l’homme qui fit du lion, allégorie splendide, une pitoyable descente de lit,.. alors… alors, vision 2010 est sans doute une vision d’apocalypse !
Joël Fraud
Jean Peyrelevade à été lauréat de la « laisse d’or » une distinction qui n’est attribue qu’aux chiens léchant. Ici pour la « laisse d’or du toutou » http://www.leplanb.org/page.php?article=11